Vendredi 17 avril 2009 5 17 /04 /Avr /2009 10:33

 

Nous sommes un petit peuple. Il y en a des plus grands, les deux qui nous entourent, par exemple. Et, au-delà de nos peuples voisins, il en existe d'autres bien plus grands encore, voire gigantesques : les patries. Elles couvrent de grandes extensions et des jours également, parfois beaucoup de jours. Et chacune possède son propre jour. Si le temps s'occupait de chaque peuple en récompensant les plus forts, nous n'aurions droit ni à un triste jour, ni même à un quart d'heure, cinq minutes à peine, voire moins, trois minutes maximum. Mais les calendriers sont plus équitables que les cartes géographiques et ne tiennent pas compte de l'extension des peuples lors de l'assignation des jours. Et nous avons donc, nous aussi, notre propre jour, un jour pour notre peuple, jusqu'aux pieds duquel, malgré sa petite taille, la terre arrive aussi.

On nous demande souvent quelle est notre terre (d'aucuns ne veulent même pas entendre parler de son existence). Notre espace est le territoire d'une langue, sans limites et qui renferme toutes les couleurs d'une culture singulière. Une terre traversée par des cours d'eau, surmontée d'un pont à sept yeux, d'où jaillit un sentiment. Et c'est là ce qui nous unit, dans une profonde douleur. En proie à cette douleur d'accouchement, nous vivions ces dernières années, nous traînant parfois et sans trace bien souvent. Nous avons creusé entre nous bien plus qu'un chemin, mais nous continuons toujours de l'avant. Et à chacun de nos pas, la terre fait jaillir davantage, l'avenir est peut-être en train de jaillir. Ou c'est peut-être la terre, celle qui nous arrivait aux pieds, qui atteint maintenant nos mains. Et il en est de même avec les jours.

 

Nous partons à nouveau aujourd'hui en pèlerinage à Saint-Jacques, en suivant le chemin des dernières années. Nous ne réclamons pas le ciel. Uniquement un petit bout de terre ferme, un territoire peut-être, un pays si l'on préfère. Avec insistance et fermeté. Qui soit entre nos mains. Et quoique chacune de ces mains prédise son propre avenir, nous tenons à rassembler toutes ces traces, pour unir nos mains et parcourir ensemble le chemin. Et marcher ainsi à Saint-Jacques, au-dessus des eaux, d'Irun à Hendaye, en construisant de nouveaux ponts sur de vieilles frontières.

 

                                                                                                                                                                              Amets Arzallus


 




 

Par iratze lore - Publié dans : euskal herri
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